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Date de création : 20.01.2011
Dernière mise à jour : 20.01.2026
49541 articles


Conter des fagots

Publié le 28/10/2019 à 12:45 par photocosmos


Conter des fagots
 
Conter des bagatelles, des choses frivoles ou fausses et sans vraisemblance

On prétend que la plus ancienne de nos feuilles périodiques, la Gazette de France, donna lieu à cette phrase proverbiale presque aussitôt qu’elle parut.

Comme elle ne se publiait pas alors par abonnement, des colporteurs étaient chargés de la crier dans les rues : or, il arriva qu’un de ces colporteurs rencontra un jour sur son chemin un marchand de fagots qui s’obstina à marcher à côté de lui ; l’un et l’autre se piquèrent d’une risible émulation ; ce fut à qui saurait le mieux enfler sa voix pour avertir les acheteurs, et comme leurs cris alternatifs Gazette ! Fagots ! firent événement pour tout le quartier, on s’égaya sur la réunion fortuite ou calculée de ces deux mots, et l’on prit l’habitude de les employer dans une acception synonymique.



Cette explication peut s’appeler un fagot, car elle repose sur un fait moins ancien que la locution, laquelle est venue tout simplement d’un allusion à la mauvaise foi des marchands de bois, qui comptent les fagots qu’ils vendent de manière à tromper sur la quantité ou sur la qualité.

Une phrase de la vieille farce intitulée : La querelle de Gaultier Garguille et de Périne sa femme, ne laisse aucun doute sur ce sujet. « Tu me renvoies de Caïphe à Pilate ; tu me contes des fagots pour des cotterets. » Conter est mis ici pour compter ; la différence que l’œil remarque entre ces deux homonymes ne fait rien à la chose ; dérivés l’un et l’autre, suivant Nicot, du verbe latin computare, ils étaient autrefois confondus sous le rapport de l’orthographe. Les livres imprimés avant la fin du dix-septième siècle en offrent des preuves multipliées.

De Walckenaer cite une édition de Boileau où l’on trouve : « Parmi les Pelletiers où CONTE les Corneilles. » Il ajoute que dans la rédaction officielle de l’Entrée du roi et de la reine, le 26 août 1660, on lit en gros caractères : Chambre des Contes. Indiquons encore une pièce de Ronsard où conter pour compter revient à chaque couplet :
Si tu peux me conter les fleurs,
Du printemps, etc.


Conter, dans le sens de calculer, énumérer, a été employé plus souvent que compter par les auteurs du seizième siècle et du dix-septième siècle.

Madame de Forgeville demandait un jour à d’Alembert : « Quel bien avaient fait à l’humanité les encyclopédistes. — Quel bien ? répondit le philosophe ; ils ont abattu la forêt des préjugés qui la séparait du chemin de la vérité. — En ce cas, répliqua-t-elle en riant, je ne suis plus surprise s’ils nous ont débité tant de fagots. »



Commentaires (2)

Anonyme le 29/10/2019
intéressant !
Alain


cosmos le 29/10/2019
merci alain bye bye


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